Dans la soirée du mardi 29 juillet 2025, la ville de Sétif, en Algérie, a été secouée par un nouvel acte de vandalisme visant la statue de l’Ain Fouara, l’un des monuments historiques et culturels les plus emblématiques de la ville. Un jeune homme a défiguré le visage de cette statue située au cœur de la place de l’Indépendance, avant que les forces de l’ordre n’interviennent rapidement pour l’arrêter et le conduire au commissariat pour interrogatoire, en vue de son défèrement devant la justice.
Cet incident, qui a suscité une vive indignation parmi les habitants, relance le débat autour de la statue, de son histoire, de sa symbolique et des défis liés à la préservation de cet héritage culturel face aux tentatives répétées de destruction.Histoire et symbolique de la statue de l’Ain FouaraLa statue de l’Ain Fouara, qui trône au centre de la place de l’Indépendance à Sétif, est une œuvre d’art historique datant de 1898, sculptée par l’artiste français Francis de Saint-Vidal.
Réalisée à Paris, elle fut exposée au Musée des Beaux-Arts avant d’être transférée à Sétif durant la période coloniale française. La statue représente une femme nue assise sur un rocher, appuyée sur son bras droit, et est sculptée dans du marbre blanc, lui conférant une grande valeur artistique.
Elle surplombe une fontaine historique portant le même nom, ce qui en fait un symbole central de la ville et un lieu de rencontre pour ses habitants et visiteurs.La statue est devenue une partie intégrante du patrimoine culturel de Sétif, au point que la ville est parfois surnommée « la ville de l’Ain Fouara ».
Elle a inspiré des poètes et écrivains algériens et arabes, tels que le poète irakien Mahmoud Razaq Al-Hakim et le poète algérien Essadek Gharbi, qui ont immortalisé sa beauté dans leurs vers, reflétant son statut de symbole culturel et esthétique. Pour beaucoup, elle est perçue comme un monument touristique et historique, incarnant la pérennité et l’identité de la ville.
Certains habitants lui attribuent même une dimension quasi sacrée, y voyant un symbole de prospérité et de continuité.Cependant, la représentation d’une femme à demi-nue a suscité des controverses religieuses et culturelles parmi la population. Si certains y voient une œuvre d’art et un héritage historique, d’autres, notamment au sein des courants rigoristes, la considèrent comme une « idole contraire à la pudeur » ou un symbole incompatible avec les valeurs religieuses.
Ces divergences ont alimenté des appels répétés à déplacer la statue dans un musée ou à la couvrir, certains, comme le chef du parti salafiste « Front de l’éveil », Abdel Fattah Hamadache, ayant même exigé sa destruction, la qualifiant de « symbole d’idolâtrie ».Tentatives précédentes de vandalismeL’incident du mardi n’est pas un cas isolé. La statue de l’Ain Fouara a été la cible de plusieurs actes de vandalisme au fil des années, révélant les tensions persistantes autour de sa symbolique. Parmi les incidents les plus marquants:
1997 : Le 22 avril, une bombe artisanale a visé la statue aux premières heures du matin, causant d’importants dégâts. Cependant, les habitants de Sétif, dans une réaction rapide témoignant de leur attachement à ce monument, l’ont restaurée en moins de 24 heures, permettant son retour en place dès le 24 avril.
2006 : Une autre tentative de vandalisme a eu lieu, mais elle fut moins destructrice et n’a causé que des dommages mineurs.
2017 : En décembre, un homme, décrit comme « déséquilibré mentalement », a attaqué la statue à coups de marteau, détruisant son visage et sa poitrine. La restauration, supervisée par l’expert Abdelkader Ben Salah, a duré sept mois, mais la statue a perdu une partie de ses traits originaux.
2018 : Quelques mois après sa restauration, la statue a été à nouveau visée par une tentative de vandalisme, stoppée par l’intervention des citoyens. Les dégâts furent mineurs et rapidement réparés.
2022 : En décembre, un jeune a lancé une pierre sur la statue durant un match de football, profitant de l’absence de passants, causant des dommages partiels. L’auteur fut arrêté, et la Direction de la culture de Sétif s’est constituée partie civile dans l’affaire.
Ces actes, souvent liés à des appels extrémistes ou à des fatwas religieuses, comme celle émise en 2015 par l’imam de la mosquée Abou Dharr Al-Ghifari à Constantine, qui interdisait de boire l’eau de la fontaine sous prétexte que s’incliner devant la statue équivalait à « se prosterner devant une idole », témoignent des défis persistants auxquels fait face ce monument.
L’incident du mardi : réactions et implications
Dans l’incident survenu ce mardi, des publications sur la plateforme X ont rapporté que le vandale a ciblé le visage de la statue, causant des dégâts visibles. Les forces de l’ordre sont intervenues promptement, arrêtant le coupable et le conduisant au commissariat pour interrogatoire, dans l’attente de son transfert devant la justice. Cet acte a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes ont exprimé leur colère face à la répétition de ces attaques contre un symbole culturel.
Un militant a qualifié cet acte d’« attaque contre la mémoire de la ville », avertissant que la destruction de la statue pourrait « tuer l’identité du lieu ». D’autres ont proposé de financer sa restauration par des fonds spécifiques pour dissuader les vandales.
L’avenir de l’Ain Fouara : entre préservation et controverse
La récurrence des actes de vandalisme contre la statue de l’Ain Fouara soulève des questions cruciales sur la protection du patrimoine culturel face à l’extrémisme et aux interprétations rigoristes. Si certains estiment que déplacer la statue dans un musée pourrait la préserver, d’autres s’opposent fermement à cette idée, insistant sur son rôle en tant que symbole de l’histoire et de l’identité de la ville.L’Ain Fouara, par sa beauté artistique et son histoire riche, reste un témoin du pluralisme culturel de l’Algérie. Elle n’est pas seulement une sculpture, mais un symbole de résilience et de continuité, défiant les tentatives d’effacement et de destruction. À chaque attaque, l’attachement des habitants de Sétif à ce monument se manifeste comme une réponse au fanatisme et à l’ignorance, affirmant que l’art et l’histoire font partie intégrante de leur identité.